Djamileh (Georges Bizet) – dossier

DJAMILEH

Opéra-comique en 1 acte

By Georges Bizet

Libretto : Louis Gallet, after Alfred de Musset’s poem Namouna (1832)

First performed : Opéra-Comique (2e salle Favart), 22 May 1872

(11 performances)

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ROLES

Djamileh, slave (mezzo-soprano): Mme Prelly

Haroun, prince (tenor): M. Duchesne

Splendiano, his secretary (tenor or baritone): M. Potel

A slave dealer: M. Julien

Danse de l’Almée: Mlle Antonia

Conductor : Adolphe Deloffre


SETTING

Haroun’s Palace, Cairo


MUSICAL STRUCTURE

Ouverture

  1. Choeur et Rêverie
    Chœur : Le soleil s’en va
    Rêverie : Dans la blonde fumée (Haroun)
  2. Duo et Couplets
    Duo : Songez-y bien (Haroun, Splendiano)
    Couplets : Tu veux savoir (Haroun)
  3. Trio et Ghazel
    Trio : Quelle pâleur (Djamileh, Haroun, Splendiano)
    Ghazel : Nour-Eddin, roi de Lahore
  4. Scène et Chœur : Salut, seigneur Haroun ! (Haroun, Splendiano)
  5. Chanson : La fortune est femme (Haroun)
  6. Lamento : Sans doute l’heure est prochaine (Djamileh)

6bis. Mélodrame

  1. L’Almee, Danse et Chœur : Froide et lente
    Mélodrame
  2. Couplets : Il faut pour éteindre ma fièvre (Splendiano)
    Mélodrame
  3. Duo : Est-ce la crainte ? (Djamileh, Haroun)

CRITICISM

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, supplément, 1872

Source: http://www.artlyriquefr.fr/oeuvres/Djamileh.html

Translation follows

La donnée du livret, tirée d’un poème d’Alfred de Musset, Namouna, n’était pas favorable à la musique. C’est la destinée de tous les livrets empruntés à ce poète, le moins naturel de tous les poètes, malgré le matérialisme qui fait le fond de ses affabulations. L’art dramatique en général, la musique dramatique surtout ne peuvent se passer des sentiments de la nature humaine, et, quelque dissimulés et déguisés qu’ils soient par une mauvaise prose ou de mauvais vers, ils suffisent souvent à inspirer le musicien et, dans tous les cas, ils donnent un certain intérêt à la pièce. MM. Louis Gallet et Bizet auront été sans doute amenés, par l’accueil fait à leur œuvre collective, à réfléchir sur ses défauts et à modifier leur itinéraire. Que peut avoir d’intéressant ce jeune Egyptien, Haroun, qui change de maîtresse, c’est-à-dire d’esclave, chaque mois, qui est sceptique, énervé, en un mot qui possède les qualités morales et physiques de ce qu’on appelle sur le boulevard « un petit crevé » ? Djamileh, sa dernière esclave, le juge plus favorablement et, au moment de recevoir son congé, elle conçoit pour lui une passion que je peux à juste titre qualifier d’insensée. Haroun ne la renvoie pas moins. La jeune personne tient bon et obtient du marchand d’esclaves que, sous un déguisement, elle sera de nouveau présentée à son maître. Touché d’une ardeur si obstinée, Haroun se décide enfin à aimer cette créature ; il le dit du moins et le rideau tombe. A cette occasion, on a cru faire une chose agréable au public en lui offrant sur la scène une reproduction du tableau de M. Giraud Un marchand d’esclaves ; comme si les véritables dilettanti et les gens de goût se souciaient de voir cette gracieuse, spirituelle et poétique scène de l’Opéra-Comique transformée en un marché de chair humaine ! Au sujet de ce livret, je ferai observer que la musique prête son langage à l’amour, à la passion, à la tendresse, comme aussi à la coquetterie, à la galanterie qui sont des formes de la grâce ; qu’on la fait servir aussi trop souvent dans le genre bouffe à des idées grivoises et à la gaudriole ; mais j’ajouterai qu’elle résiste à exprimer la volupté charnelle et les impressions grossières de l’amour physique, parce que ces choses sont hors de son domaine ; parce que là il n’y a ni sentiments, ni idées, ni esprit, ni cœur. Quels sont les cavatines, les duos, que l’Orient nous a envoyés ? Quelles sont les mélodies passionnées ou touchantes qui nous sont venues du pays des harems et de la polygamie ? C’est à nous autres, Occidentaux, qu’il revient encore de mettre en musique les amours de ces gens-là, en leur supposant notre manière de sentir, nos idées, les caprices de notre imagination, toutes choses qui leur sont étrangères. La musique que M. Georges Bizet a écrite sur ce livret est si extraordinaire, si bizarre, en un mot si désagréable, qu’on dirait qu’elle est le résultat d’une gageure. Egaré sur les traces de M. Richard Wagner, il a dépassé son modèle en bizarrerie et en étrangeté. Que la mélodie soit absente, passe encore ; c’est la faute de la muse qui souffle où elle veut : Spirat ubi vult. Mais que la succession des sons et des accords, que les procédés harmoniques de l’accompagnement n’appartiennent la plupart du temps à aucun système de composition connu et classé, c’est là une erreur du jugement fort regrettable chez un musicien habile comme l’est M. Georges Bizet. La forme rythmique de l’ouverture est des plus connues et des plus modernes ; mais la concordance des sons est si singulière, que la musique entendue au temps de Ramsès et de Sésostris ne paraîtrait pas plus extraordinaire à des oreilles modernes. Dans le cours de l’ouvrage, à peine peut-on citer une phrase d’un duo d’hommes : Que l’esclave soit brune ou blonde ; une autre phrase du trio : Je voyais au loin la mer s’étendre ; le chœur : Quelle est cette belle ? et quelques lueurs de mélodie et d’expression dans le duo final. Le reste m’a paru hérissé de dissonances et de cacophonies harmoniques, en comparaison desquelles les hardiesses de Berlioz n’étaient que jeux d’enfant.

 

Translation

“The booklet, taken from Alfred de Musset’s poem, Namouna, was not favorable to music. It is the fate of all the libretti borrowed from this poet, the least natural of all poets, in spite of the materialism which forms the basis of his affabulations.  Drama in general, especially dramatic music, cannot dispense with the feelings of human nature, and, though concealed and disguised by bad prose or bad verse, they often suffice to inspire the musician and, in any case, they give some interest to the piece.  Messrs. Louis Gallet and Bizet will doubtless have been led, by the welcome given to their collective work, to reflect on its faults and to modify their itinerary.  What can be interesting about this young Egyptian, Haroun, who changes his mistress, that is to say, a slave, every month, who is skeptical, enervated, in a word who possesses the moral and physical qualities of what they call on the boulevard “un petit crevé”?  Djamileh, his last slave, judges him more favorably, and at the moment of receiving her leave, conceives for him a passion which I may rightly call insane.  Haroun does not send her back.  The young woman stands firm and obtains from the slave-dealer that, under a disguise, she will again be presented to her master.  Touched by such ardor, Haroun finally decides to love this creature; he says it at least and the curtain falls.  On this occasion, it was thought to do something agreeable to the public by offering him on the stage a reproduction of M. Giraud’s painting, Un marchand d’esclaves; as if the real dilettanti and the people of taste cared to see this gracious, spiritual and poetic stage of the Opéra-Comique transformed into a market of human flesh!

Giraud - marchand.jpg

With regard to this libretto, I will observe that music lends its language to love, to passion, to tenderness, as also to coquetry and gallantry, which are forms of grace; that it is too often also served in the bouffe genre, to ragged ideas and to the gaudriole; but I will add that she cannot express carnal voluptuousness and gross impressions of physical love, because these things are outside her domain; because there are no feelings, no ideas, no mind, no heart.  What are the cavatines, the duos, which the Orient has sent us?  What are the passionate or touching melodies that came to us from the land of harems and polygamy?  It is to us Westerners that it falls to put to music the loves of these people, by supposing they have our way of feeling, our ideas, the caprices of our imagination, all things foreign to them.  The music that M. Georges Bizet has written on this libretto is so extraordinary, so bizarre, in a word so disagreeable, that one would say that it is the result of a wager.  Lost in the footsteps of Mr. Richard Wagner, he surpassed his model in quirkiness and strangeness.  Let the melody be absent; it is the fault of the muse that blows where she wants: Spirat ubi vult.  But that the succession of sounds and chords, and that the harmonic processes of accompaniment do not belong to any known and classified system of composition, is a very regrettable error of judgment in such a skillful musician as M. Georges Bizet.  The rhythmic form of the opening is of the most known and most modern; but the concordance of the sounds is so singular that the music heard in the time of Ramses and Sesostris would not appear more extraordinary in modern ears.  In the course of the work, we can scarcely quote a phrase from the men’s duet: Que l’esclave soit brune ou blonde; another phrase in the trio: Je voyais au loin la mer s’étendre; the chorus: Quelle est cette belle? and some gleams of melody and expression in the final duet.  The rest appeared to me to bristle with dissonances and harmonic cacophonies, in comparison with which Berlioz’s boldness was only child’s play.  Distribution: Djamileh, Mme. Prelly; Haroun, Duchesne; Splendiano, Potel; a slave trader, Julien. “