La navarraise (Jules Massenet) – dossier

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Source: http://www.artlyriquefr.fr/oeuvres/Navarraise.html

Épisode lyrique in 2 acts

By Jules Massenet

Libretto: Jules Claretie & Henri Cain, after Claretie’s short story La Cigarette (1890).

First performance: Covent Garden, London, 20 June 1894, conducted by Sir Augustus Harris

First performance in France: Bordeaux, 27 March 1895.

First performance in Paris: Opéra-Comique (Salle du Châtelet), 3 October 1895, conducted by Philippe Flon.

My review


RÔLES

  • Anita, the Navarraise (mezzo-soprano): Emma Calvé
  • Araquil, sergeant in the Biscay regiment (tenor): Albert Alvarez
  • Garrido, general of the liberal troops (bass): Pol Plançon
  • Remigio, Araquil’s father (baritone): Charles Gilibert
  • Ramon, captain in the Biscay regiment (tenor): Claude Bonnard
  • Bustamente, sergeant in the same regiment (baritone): Eugène Dufriche
  • A Soldier (coryphée) and various soldiers: Choristers

Basque women, officers, wounded soldiers, a chaplain, a surgeon, Biscayan peasants


SETTING

Spain, during the Carlist War of 1874.

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Source: http://www.artlyriquefr.fr/oeuvres/Navarraise.html

STRUCTURE

ACTE I

Prélude

Scene I

  • L’assaut a coûté cher (Garrido)

Scene II

  • Captaine, je vois que vous appartenez (Anita)
  • Vierge très bonne, ô Marie! (Anita)
  • Je ne pensais qu’à toi (Araquil)

Scene III

  • Araquil! Mon enfant! Dieu soit loué! (Remigio)
  • Et c’est à Loyola, le jour de la Romeria (Anita)
  • Mariez donc son coeur avec mon coeur (Anita)

Scene IV

  • Etes-vous de la compagnie (Garrido)

Scene V

  • La Pacte (Garrido, Anita)

Scene VI

  • Crénelons les maisons (Garrido)
  • O bien aimée, pourquoi n’es-tu pas là? (Araquil)
  • Anita, la Navarraise? (Ramon)

Scene VII

  • Chanson: J’ai trois maisons dans Madrid (Bustamente)

 

ACT II

Nocturne

Scene I

  • Alerte! (Un Soldat)

Scene II

  • Mon argent! Mes deu.x^ mille douros! (Anita)

Scene III

  • L’argent rouge! (Anita)
  • Blessé, mourant j’espère! (Araquil)

Scene IV

  • Mourir! Mourir par moi! (Anita)
  • Je te cherchais. Anita (Araquil)

Scene V

  • Père, pour qui sonnent ces cloches? (Araquil)
  • Merci, la bonne Vierge (Anita)

CRITICISM

(English translations follow)

Félix Clément, Dictionnaire de l’opéra, supplement by Arthur Pougin, 1903

Source: http://www.artlyriquefr.fr/oeuvres/Navarraise.html

Le livret de la Navarraise, écrit en prose rythmée, est tiré d’une nouvelle de M. Jules Claretie, intitulée la Cigarette, et retraçant un épisode de la guerre carliste de 1874. L’action, que la musique suit pas à pas, est d’une rapidité, on dirait presque d’une brutalité foudroyante, saisissante d’ailleurs et d’une singulière puissance dramatique ; c’est, comme on l’a dit, « un drame d’amour qui naît, se développe et meurt entre deux escarmouches ».

L’action se déroule dans un village basque, dont, en se levant, le rideau nous laisse voir une place pittoresque. La guerre fait son œuvre. Au fond s’élève une barricade formée d’objets de toute sorte : voitures , matelas, sacs de terre, etc., avec un canon dans une embrasure et, à côté, deux autres canons démontés. Il est six heures du soir, au printemps. Des coups de canon et des feux de peloton retentissent au loin. Des soldats, noirs de poudre, revenant de la vallée, passent et battent en retraite ; quelques-uns, blessés, sont soutenus par leurs camarades ; d’autres sont portés, mourants, sur des civières. Quelques femmes agenouillées prient en silence aux pieds d’une madone devant laquelle brûle une veilleuse, tandis que d’autres regardent au loin par-dessus la barricade. Bientôt paraît Anita, la Navarraise, anxieuse, palpitante, à la recherche d’Araquil, celui qu’elle aime. Soudain elle pousse un cri de joie : c’est Araquil, qui paraît à son tour, sain et sauf, et leur amour s’exhale en une explosion d’enthousiasme. Mais voici venir Remigio, le père du sergent Araquil, plein de tendresse pour son fils en même temps que de dédain pour Anita, qu’il juge trop pauvre pour lui. Peut-être consentirait-il au mariage si elle avait une dot, mais…

Une dot ! Pauvre enfant ! Où la prendrait-elle ? Le hasard, un hasard terrible va la lui fournir. Le général royaliste voudrait à tout prix, même au prix d’un crime, se défaire du chef carliste. Une fortune serait la récompense de celui qui consentirait à le frapper. Anita est moins exigeante ; elle ne veut que la somme nécessaire pour vaincre le mépris du père de celui qu’elle aime. Elle s’engage envers le général, et, bien résolue, disparaît dans la nuit.

Un rideau sombre et transparent descend alors sur la scène, laissant, au travers, briller des feux de bivouac. La nuit est complète dans la salle, et l’impression est saisissante. Bientôt ce rideau se relève lentement. L’aube paraît. Le dénouement approche. Le crime est accompli, et Anita vient réclamer son argent — sa dot ! Mais voici que des avant-postes on ramène Araquil mourant. Entretien des deux amants, explication embarrassée d’Anita, qui n’ose avouer son forfait, soupçon d’Araquil, qui l’accuse de s’être vendue et qui meurt en la maudissant ; et, enfin, devant cette mort, cette malédiction et cet écroulement d’un bonheur qu’elle croyait saisir, folie de la malheureuse fille, qui éclate d’un rire invincible et sinistre ! Le rideau tombe.

La part était belle que ce drame rapide faisait au musicien. Il en a su profiter. M. Massenet a donné là une note toute particulière et toute personnelle. Il faudrait tout citer : la prière à la Vierge, le duo d’Anita et d’Araquil, le trio avec le père, la scène du « pacte », celle du bivouac avec la chanson espagnole : J’ai trois maisons dans Madrid, et enfin tout le second acte, presque entièrement occupé par la scène puissante et émouvante des deux amants, la mort d’Araquil et la folie d’Anita. Tout cela est saisissant.

 

Translation

The libretto of La Navarraise, written in rhymed prose, is taken from a short story by Jules Claretie, entitled The Cigarette, and retracing an episode of the Carlist War of 1874. The action, which the music follows step by step, is of a rapidity, one might almost say a thundering brutality, striking indeed and of a singular dramatic power; it is, as they have said, “a drama of love which is born, develops and dies between two skirmishes”.

The action takes place in a Basque village, which the rising curtain shows us is a picturesque place. The war is doing its work. At the back of the stage rises a barricade formed of objects of all kinds: carriages, mattresses, sacks of earth, etc., with a cannon in an embrasure and, next to it, two other guns, disassembled. It is six o’clock in the evening, in the spring. Cannon fire and platoon gunshots sound in the distance. Powder-blackened soldiers returning from the valley pass by, in retreat; some, wounded, are supported by their comrades; others are carried, dying, on stretchers. Some kneeling women pray silently at the feet of a Madonna in front of which a night light burns, while others look away over the barricade. Soon appears Anita, the Navarraise, anxious, trembling, searching for Araquil, the one she loves. Suddenly she utters a cry of joy: it is Araquil, who appears in his turn, safe and sound, and their love exhales in an explosion of enthusiasm. But here comes Remigio, the father of Sergeant Araquil, full of tenderness for his son at the same time as he disdains Anita, whom he considers too poor for him. Perhaps he would consent to the marriage if she had a dowry, but …

A dowry ! Poor child! Where would she find it? Chance, a terrible chance, will provide it. The royalist general would at all costs, even at the cost of a crime, get rid of the Carlist leader. A fortune would be the reward of one who would consent to strike him down. Anita is less demanding; she wants only the sum necessary to overcome the contempt of the father of him whom she loves. She commits herself to the general, and, resolved, disappears into the night.

A dark and transparent curtain then descends over the stage, through which shine bivouac fires. The theatre is plunged into night, and the effect is striking. Soon this curtain rises slowly. Dawn appears. The denouement is approaching. The crime is done, and Anita comes to claim her money – her dowry! But here are sentries who bring on Araquil, dying. Interview of the two lovers, embarrassed explanation of Anita, who dares not confess her crime, suspicion of Araquil, who accuses her of having sold herself and who dies by cursing her; and, finally, before this death, this curse and collapse of a happiness she thought hers, the madness of the unfortunate girl, who bursts into an invincible and sinister laugh! The curtain falls.

The musician took advantage of the beauties of this fast-moving drama. Mr. Massenet gave it a very special and personal note. It would be necessary to quote everything: the prayer to the Virgin, the duo of Anita and Araquil, the trio with the father, the scene of the “pact”, that of the bivouac with the Spanish song: I have three houses in Madrid, and finally the whole of the second act, almost entirely occupied by the powerful and moving scene of the two lovers, the death of Araquil, and the madness of Anita. All this is striking.


Louis Schneider, Massenet, 1908

Cette partition, rapide, brutale, intense, reste une exception dans l’œuvre de Massenet ; elle n’a point uniformément la même tenue musicale que les autres opéras ou drames lyriques du Maître ; mais le style abrupt qui y fut adopté convient on ne peut mieux à la juste expression du sentiment dramatique — disons même un peu mélodramatique — qui surabonde dans toute la pièce. On reconnaît cependant la « patte » caractéristique du parfait musicien que reste Massenet, non seulement dans des pages telles que le prestigieux nocturne qui sépare les deux actes, le duo amoureux d’Anita et d’Araquil, la lamentation de la pauvre Navarraise sur le corps de son fiancé, mais même dans les pages plus violentes et moins exclusivement musicales par essence, comme le défilé des blessés, des soldats en déroute, par où s’ouvre la pièce. Tout cela, en effet, est réalisé avec une adresse suprême, un sentiment judicieux des moyens qui peuvent exprimer de la façon la plus simple, la plus directe, l’émotion et le mouvement que comporte chaque situation. Écrire une telle œuvre, c’était pour Massenet, plus que pour tout autre peut-être, un véritable tour de force ; l’immédiat et persistant succès qui en récompensa l’entreprise montre que ce n’était point une audace téméraire.

Presque au moment même où l’orchestre, subitement déchaîné, clame à pleine voix un thème tragique, énergiquement rythmé, qui va régner sur toute la musique, leitmotiv capital et unique leitmotiv, le rideau se lève. On voit, sur la place d’un petit village basque, une barricade sur laquelle une femme, éperdue, se penche, regardant avec anxiété dans la vallée qu’emplissent la fumée et le fracas des détonations. Des soldats courent noirs de poudre, égarés. On ramène des blessés. Des officiers, sombres, surviennent, entourant le général Garrido, qui vainement vient de lutter contre les troupes carlistes guidées par Zuccaraga.

La femme immobile c’est Anita, une pauvre fille de Navarre, qui guette le retour de son fiancé, le sergent Araquil. Et tandis que s’achève le défilé des soldats de Garrido, elle prie. Enfin voici Araquil, sauvé pour l’instant des balles carlistes. Et les deux jeunes gens s’abandonnent à la joie de cette temporaire réunion, sans arrière-pensée, heureux seulement de ces moments de trêve. Or, voici que Remigio, père d’Araquil, interrompt le doux tête-à-tête. Quoiqu’il aime tendrement son fils, il écarte Anita ; l’étrangère, la fille de rien, ne saurait épouser l’héritier du fermier riche et respecté. Anita supplie en vain ; Araquil déclare que son seul désir est d’être l’époux d’Anita. Si au moins la Navarraise avait une dot… oh ! peu de chose : deux mille douros suffiraient…, alors on pourrait voir. Et Remigio s’en va sur cette irrévocable parole, entraînant son fils.

Anita est restée seule, dans un coin de la place. La nuit s’est faite. Le général Garrido revient; et tandis qu’il prépare, sur la carte, l’attaque qu’il devra commander le lendemain, on lui apporte la nouvelle que ses troupes viennent à l’instant d’être à nouveau décimées par une sortie de Zuccaraga. « Oh ! s’écrie-t-il désespéré, celui qui tuerait ce misérable bandit, je lui donnerais avec joie tous les honneurs avec une fortune ! »

Anita a entendu ; elle se dresse devant le général : « Pour deux mille douros, je vous le livrerai ! » Et sans laisser à celui-ci le temps même d’accepter le pacte, elle s’enfuit dans l’ombre.

« Bah ! Menaces d’insensée ! » dit le général, et il s’occupe de disposer ses hommes pour la nuit.

Tous s’installent, après, avoir pris les précautions nécessaires pour éviter une surprise. Araquil ne peut dormir et pense à son Anita. « Où peut-elle être ? » se demande-t-il à haute voix. Son capitaine, Ramon, a entendu ce soliloque. « Anita, la brune à qui vous parliez ? On m’a dit qu’on vient de voir une femme s’avancer vers les avant-postes carlistes, demander à être conduite vers Zuccaraga. C’était elle ! — Une espionne ? Mensonge ! — Une infidèle au plus, » conclut Ramon, insouciant. Araquil, brusquement, sort. Les dernières conversations se sont tues ; tous dorment. Un coup de feu, puis d’autres. Les hommes se dressent en sursaut. Une ombre bondit sur la place : c’est Anita, farouche, ensanglantée. Elle va droit au général, cependant que les soldats se sont précipités aux armes. Elle a tué le carliste ; qu’on lui donne ses deux mille douros ! atterré, le général lui remet ce qu’elle réclame. C’est pour Anita un moment de joie, mais bien court : car voici des soldats qui reviennent, ramenant Araquil qui a reçu une blessure mortelle. Il avait suivi Anita vers les postes carlistes, voulant à tout pris savoir. Et il agonise maintenant, tandis qu’Anita lui crie qu’ils seront heureux, qu’elle est riche… Mais quand il sait d’où vient l’argent que brandit Anita, triomphante et affolée, il ne trouve de paroles que pour la maudire. Et il meurt de la sorte, tandis que la pauvre Navarraise rit et pleure.

C’est alors un des moments les plus terribles que nous ait jamais offerts l’art dramatique : moment d’émotion toute réaliste, mais qui étreint et accable même le moins impressionnable des auditeurs. Sur le cadavre d’Araquil, Anita devient folle et vit un moment l’impossible bonheur. Cela dure quelques secondes à peine, et cela est interminable, tant est grande l’intensité de la scène. Quand le rideau s’abaisse, on ressent une véritable impression de soulagement.

***

D’après le récit qui vient d’en être fait, on se rendra compte, fort aisément, du caractère très spécial de cette donnée dramatique, et on comprendra que la musique destinée à accompagner le développement de ladite donnée devait forcément être de qualité très particulière. Aussi est-ce, de toutes les partitions composées par Massenet, celle peut-être qui comporte le moins une analyse intrinsèquement musicale. Une étude détaillée, faite au point de vue spécial de la technique, serait pleine d’intérêt, car elle montrerait avec quelle habileté Massenet a su adapter son inspiration de musicien aux nécessités de la conduite scénique ; elle montrerait surtout comment sa palette musicale, célèbre entre toutes pour sa finesse, a pu se prêter à la réalisation de ces couleurs violentes, crues, brusquement juxtaposées, qui étaient de mise en l’occasion présente. Et cette étude aurait surtout un résultat qui a bien son prix : elle démontrerait irréfutablement que le style le plus raffiné, l’horreur instinctive des moyens musicaux trop grossiers et des phrases trop banales ne sont point incompatibles avec les tendances les plus réalistes ; qu’un musicien distingué et délicat peut très bien, tout en restant lui-même, donner l’impression de la vérité la plus immédiate, la plus brutale ; qu’en un mot, l’art sommaire de certains véristes italiens — et non des moindres — n’est point la condition indispensable de cette sincérité d’expression dramatique que ceux-ci croient être les seuls à pouvoir atteindre. Massenet, cédant à la mode qui avait acclimaté partout le drame musical express, exclusif de toute analyse de caractère, avait voulu montrer que, lui aussi, il savait s’assimiler cette conception d’art.

Indépendamment de son association avec certains moyens quasi-mécaniques (sonneries de cloches, appels de trompettes, roulements de tambours, coups de feu) dont certains sont le condiment presque indispensable des représentations théâtrales, et qui sont tous nécessaires en l’espèce, la musique de Massenet conserve ici sa tenue habituelle, et atteste une véritable maîtrise, tant par l’écriture que par la qualité des développements. Des moments d’exquise légèreté orchestrale, de fine grâce mélodique succèdent aux tumultes où l’orchestre entier s’enfle avec fracas. J’ai déjà cité le Nocturne, qui égale les plus charmantes pages dues à la plume de Massenet. Partout le dialogue est d’une concision, d’une vivacité frappantes. Et ce qui est le plus remarquable peut-être, c’est l’unité de toute la musique, en dépit des plus brusques contrastes. L’œuvre est écrite tout d’un jet, pourrait-on dire ; et en vérité, étant données les limites très étroites que le poème imposait à l’inspiration du musicien, on ne peut qu’admirer l’aisance avec laquelle Massenet a su respecter les lois de la musique en même temps que les exigences de la réalisation scénique.

 

Translation

This score, rapid, brutal, intense, remains an exception in the work of Massenet; it does not uniformly have the same musical attire as the other operas or lyric dramas of the Master; but the abrupt style that was adopted here fits in perfectly with the just expression of the dramatic – one might almost say, a little melodramatic- feeling which overflows throughout the piece. We recognize, however, the characteristic “mark” of the perfect musician that Massenet remains, not only in such pages as the prestigious nocturne separating the two acts, the love duet of Anita and Araquil, the lamentation of the poor Navarraise over her fiance’s body, but even in the more violent and less exclusively musical pages, like the parade of the wounded, soldiers in rout, which opens the piece. All of this, indeed, is done with a supreme skilfulness, a judicious sense of the means that can express in the simplest, most direct, way the emotion and movement that each situation entails. To write such a work was for Massenet, more than for any other perhaps, a real tour de force; the immediate and persistent success which rewarded the enterprise shows that it was not a bold audacity.

Almost at the very moment when the orchestra, suddenly unleashed, loudly proclaims a tragic theme, energetically rhythmic, which will reign over all the music, capital and unique leitmotiv, the curtain rises. We see, in the square of a little Basque village, a barricade on which a woman, distraught, leans forward, looking anxiously into the valley filled with smoke and the crash of detonations. Soldiers, black with powder, run, lost. The wounded are carried back. Officers, somber, arise, surrounding General Garrido, who vainly comes to fight against the Carlist troops guided by Zuccaraga.

The motionless woman is Anita, a poor girl from Navarre, who is watching for the return of her fiance, Sergeant Araquil. And while the parade of Garrido’s soldiers ends, she prays. Finally here is Araquil, saved for the moment from Carlist bullets. And the two young people give themselves up to the joy of this temporary meeting, without ulterior motive, happy only with these moments of truce. Now, Remigio, Araquil’s father, interrupts the gentle tête-à-tête. Although he loves his son tenderly, he dismisses Anita; the stranger, the daughter of nothing, can not marry the heir of the rich and respected farmer. Anita begs in vain; Araquil declares that his only desire is to be Anita’s husband. If at least Navarre had a dowry … oh! not much: two thousand douros would suffice … so we could see. And Remigio goes off on this irrevocable word, dragging his son.

Anita has remained alone, in a corner of the square. Night has fallen. General Garrido returns; and while he prepares, on the map, the attack he will command the next day, he is brought the news that his troops have just been decimated by Zuccaraga. ” Oh!” he exclaims in despair, “he who would kill this wretched bandit, I would gladly give him all honors and a fortune! ”

Anita has heard; she stands before the general: “For two thousand douros, I will deliver him to you!” And without letting the latter even accept the pact, she has fled into the shadows.

“Bah! Threats of madness!” says the general, and he busily arranges his men for the night.

All settle after having taken the necessary precautions to avoid a surprise. Araquil can not sleep and thinks of his Anita. “Where can she be?” he wonders aloud. His captain, Ramon, has heard this soliloquy. “Anita, the brunette you were talking to? I was told that we have just seen a woman advance towards the Carlist outposts, asking to be taken to Zuccaraga. It was her!” – “A spy? Lies!” “An unbeliever at most,” Ramon concludes, recklessly. Araquil, suddenly, goes out. The last conversations are silent; all sleep. A shot, then others. The men rise up with a start. A shadow leaps into the square: it is Anita, fierce, bloody. She goes straight to the general, while the soldiers rush to arms. She has killed the Carlist; give her her two thousand douros! Shocked, the general gives her what she claims. It is for Anita a moment of joy, but very short: here are some soldiers coming back, bringing back Araquil who has received a mortal wound. He had followed Anita to the Carlist posts, wanting to know everything. And he is agonizing now, while Anita tells him that they will be happy, that she is rich … But when he knows where the money that Anita, triumphant and distraught, waves, he finds no words except to curse her. And he dies in this way, while the poor Navarrese laughs and cries.

It is then one of the most terrible moments that dramatic art has ever offered us: a moment of emotion that is quite realistic, but which overwhelms even the least impressionable listeners. On the corpse of Araquil, Anita goes crazy and lives for a moment the impossible happiness. It only lasts a few seconds, and this is endless, so great is the intensity of the scene. When the curtain lowers, you feel a real sense of relief.

***

From this description, one will realize, very easily, the very special character of this drama, and one will understand that the music intended to accompany the development of that drama must necessarily be of a very special quality. So it is, of all the scores Massenet composed, perhaps the one that yields least to an intrinsically musical analysis. A detailed study, made from the special point of view of the technique, would be full of interest, because it would show with what skill Massenet was able to adapt his musical inspiration to the necessities of the play; it would show especially how his musical palette, famous for its finesse, could lend itself to the realization of those colors, violent, raw, suddenly juxtaposed, which were appropriate for the occasion. And this study would have, above all, a valuable result: it would show irrefutably that the most refined style, the instinctive horror of too crude musical means and banal phrases are not incompatible with the most realistic tendencies; that a distinguished and delicate musician may very well, while remaining himself, give the impression of the most immediate, the most brutal truth; that in a word, the summary art of some Italian verists – and not the least – is not the indispensable condition of this sincerity of dramatic expression which they believe to be the only ones to be able to reach. Massenet, yielding to the fashion that had acclimatized everywhere the expressive musical drama, exclusive of any analysis of character, had wanted to show that he, too, knew how to assimilate this conception of art.

Independently of its association with certain quasi-mechanical means (bell ringing, trumpet calls, drum rolls, gunshots), some of which are the almost essential condiment of theatrical performances, and which are all necessary in this case, the music of Massenet retains his usual firmness, and attests a real mastery, both in writing and in the quality of the developments. Moments of exquisite orchestral lightness, of fine melodic grace succeed the tumults where the whole orchestra swells with a crash. I have already mentioned the Nocturne, which equals the most charming pages from Massenet’s pen. Everywhere the dialogue is of a striking conciseness and vivacity. And what is perhaps most remarkable is the unity of all the music, despite the most abrupt contrasts. The work is written all at once, one might say; and in truth, given the very narrow limits that the poem imposed on the inspiration of the musician, one can only admire the ease with which Massenet was able to respect the laws of music at the same time as the requirements of the scenic realization.