La vestale (Gaspare Spontini) – dossier

LA VESTALE

Tragédie lyrique in 3 acts

Composer: Gaspare Spontini

Libretto: Étienne de Jouy

First performed: Théâtre de l’Opéra (Salle Montansier), Paris, 15 December 1807, conducted by Jean-Baptiste Rey

My review


ROLES

Juile 2.JPEGJULIA, a young Vestal (soprano): Alexandrine-Caroline Branchu

LA GRANDE VESTALE (soprano): Marie-Thérèse Maillard

LICINIUS, Roman General (tenor): Étienne Lainez

CINNA, Chief of the Legion (tenor): François Lays

LE GRAND PONTIFE (bass) : Henri-Étienne Dérivis

LE CHEF DES AUSPICES (bass) : Duparc

UN CONSUL : Martin


SETTING

Rome. c. 269 B.C.


STRUCTURE

Ouverture

ACTE I

230_big.jpg

  1. Air (Cinna) : Dans le sein d’un ami fidèle
  2. Duo (Licinius & Cinna) : Quand l’amitié seconde mon courage
  3. Hymne du Matin (Chœur de Vestales) : Fille du Ciel éternelle Vesta
  4. Air (Grande Vestale) : L’Amour est un monstre barbare
  5. Air (Julia) : Licinius je vais donc te revoir
  6. Finale

ACTE II

231_big.jpg

  1. Hymne du Soir (Choeur de Vestales) : Feu créateur, âme du monde
  2. Air (Julia) : Toi, que j’implore avec effroi
  3. Air (Julia) : Impitoyables dieux
  4. Air (Licinius) : Les dieux prendront pitié du sort
  5. Duo (Licinius & Julia) : Quel trouble !
  6. Trio (Julia, Licinius, Cinna, et Chœur) : Ah ! si je te suis chère prends pitié
  7. Finale

ACTE III

Acte III, tableau 1 - le champ d'exécration.JPEG

  1. Air (Licinius) : Non, non, je vis encore
  2. Air (Cinna) : Ce n’est plus le tems d’écouter les vains conseils de la prudence
  3. Duo (Licinius & Grand Pontife) : C’est à toi de trembler
  4. Chœur et Marche Funèbre : Périsse la Vestale impie
  5. Duo (Julia& Grande Vestale) : Adieu mes tendres sœurs
  6. Chœur de Femmes : Vesta, nous t’implorons pour la vierge coupable
  7. Air (Julia) : Toi, que je laisse sur la terre
  8. Finale

REVIEWS

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869

Source: l’Art Lyrique Français

Translation follows

« Tragédie lyrique en trois actes, représentée pour la première fois à l’Académie impériale de musique le 11 décembre 1807. Ce chef-d’œuvre faillit ne pas voir le jour. Le jury de l’Opéra, auquel le compositeur romain dut soumettre sa partition, déclara que le style en était bizarre, l’harmonie défectueuse, l’orchestration bruyante, que certains passages étaient complètement inintelligibles, en accordant toutefois qu’on y remarquait çà et là quelques belles choses ; enfin il fut d’avis que l’ouvrage ne devait pas être exécuté. Non seulement un tel jugement était peu courtois à l’égard d’un musicien qui avait fait jouer déjà quatorze opéras environ à Naples, à Venise, à Parme, à Florence, mais il témoignait des innovations hardies, alors incomprises, dont Spontini devait enrichir l’art musical. L’impératrice Joséphine décida que la Vestale serait mise en scène. Persuis et Rey, musiciens médiocres, furent chargés de la révision de cette œuvre de génie, et Spontini dut refaire plusieurs morceaux. Les répétitions durèrent un an, et les frais de copie s’élevèrent à la somme de dix mille francs. Enfin l’opéra fut joué et eut un succès immense qui dura trente ans.

Le poème avait été proposé à Cherubini et à Méhul, qui l’avaient refusé. Le plan en est bien ordonné, le style toujours lyrique et les beaux vers y abondent.

Au premier acte, le théâtre représente le Forum et le temple de Vesta. Licinius revient vainqueur des Gaulois et va recevoir les honneurs du triomphe ; mais Julia, sa fiancée, est entrée pendant son absence dans le collège des Vestales, et c’est elle-même qui doit déposer la couronne du triomphe sur le front du héros, son amant. Licinius, plus épris que jamais, déclare à Julia qu’il ira pendant la nuit la ravir dans le temple pour lui faire partager sa destinée. L’acte se termine par des jeux publics.

Au second acte, la grande vestale remet à Julia la verge d’or qui doit servir à attiser le feu sacré. A peine s’est-elle retirée que les devoirs de la prêtresse et la passion de l’amante viennent tour à tour bouleverser le cœur de Julia. Cédant à l’empire d’un premier amour, elle ouvre à Licinius la porte du temple. Au moment le plus pathétique de leur entretien, le feu s’éteint sur l’autel. Ils comprennent aussitôt toute l’horreur de leur situation. Cinna accourt pour arracher son ami Licinius à la fureur du peuple ameuté aux portes du temple ; il l’entraîne. Les vestales arrivent et trouvent Julia évanouie sur les marches de l’autel. On la dépouille de ses ornements sacrés, et le grand pontife prononce la sentence de mort en couvrant la jeune fille d’un voile noir. Elle sort escortée par les licteurs.

Au troisième acte, les spectateurs voient la fosse où la prêtresse parjure à ses serments doit être ensevelie vivante. Licinius se livre à toute sa fureur ; il apprend que l’armée reste insensible à sa cause et qu’il ne peut compter que sur un petit nombre d’amis prêts à périr avec lui. Le funèbre cortège s’avance. Julia se prépare au sacrifice de sa vie et adresse une prière aux dieux, quand Licinius, à la tête de quelques soldats, se présente et se déclare coupable du sacrilège dont on punit son amante. Les prêtres demandent sa mort ; le tumulte est à son comble. Tout à coup la foudre éclate et vient rallumer le feu de l’autel. Licinius et Cinna retirent de la tombe Julia évanouie. Le pontife cède à la volonté divine, manifestée par un tel prodige, et un dernier tableau montre les deux époux dans le cirque de Flore, présidant aux jeux et aux danses en l’honneur de Vénus Erycine.

L’empereur Napoléon Ier fit exécuter des fragments de la partition aux Tuileries le 14 février 1807. Après les premières répétitions, malgré sa prédilection pour la musique de Paisiello et de Zingarelli, il fut frappé du grand caractère de cette œuvre et il dit au compositeur : « Votre opéra abonde en motifs nouveaux ; la déclamation est vraie et s’accorde avec le sentiment musical ; de beaux airs, des duos d’un effet sûr, un finale entraînant ; la marche du supplice me paraît admirable ; M. Spontini, je vous répète que vous obtiendrez un grand succès ; il sera mérité. »

Presque tous les morceaux de la partition sont remarquables à différents titres. Le second acte renferme les beautés les plus saillantes ; le charme de l’expression et l’ampleur du style ; la tendresse et la vigueur y dominent tour à tour. Nous rappellerons seulement aux amateurs le duo entre Licinius et Cinna : Unis par l’amitié, qui offre une des phrases les mieux inspirées qui aient été écrites ; la prière de Julia :

O des infortunés, déesse tutélaire !

Latone ! écoute ma prière

Mon dernier vœu doit te fléchir.

Daigne, avant que j’y tombe

Ecarter de ma tombe

Le mortel adoré pour qui je vais mourir.

Dans cette scène pathétique, le musicien s’est surpassé. Tout, dans cette prière, contribue à lui donner l’expression de tendresse sérieuse et résignée que la circonstance solennelle comportait ; une mesure lente à neuf croches, les rentrées de l’orchestre répétant la phrase de la cantilène comme un écho sorti des profondeurs du temple ; enfin le ton de fa dièse mineur qui, malgré de récentes dénégations à l’égard des propriétés tonales, conserve, selon nous, un caractère plaintif allié à une certaine fermeté. L’air : Impitoyables dieux, porte l’empreinte de la violence, comme la cavatine : Les dieux prendront pitié, celle de la douceur. Le tempo rubato employé dans ce dernier est de l’effet le plus heureux. Le finale du second acte est un des plus émouvants qui soient au théâtre. Ici Spontini a été créateur d’une nouvelle forme lyrique. Il s’est pénétré de la situation. Les prêtres, le peuple accablent Julia d’imprécations :

De son front que la honte accable,

Détachons ces bandeaux, ces voiles imposteurs,

Et livrons sa tête coupable

Aux mains sanglantes des licteurs.

Une strette à trois temps très rapide et poursuivie avec vigueur et en crescendo par l’orchestre et les chœurs enleva les spectateurs et causa le plus vif enthousiasme. Cet effet a été employé depuis dans une foule d’ouvrages. La marche du supplice ne serait peut-être pas remarquée aujourd’hui comme elle le fut jadis, à cause des combinaisons nouvelles de sonorité funèbres employées par Rossini, Halévy et surtout par Meyerbeer. Spontini est entré résolument dans cette voie qu’on a trop encombrée au grand détriment de la mélodie et du goût.

Voici quelle a été à l’origine la distribution des rôles : Licinius, Lainez ; Cinna, Lays ; le grand pontife, Dérivis ; Julia, Mme Branchu ; la grande vestale, Mlle Maillard.

Cet ouvrage fut repris à l’Opéra le 16 mars 1854 avec Roger, Obin, Bonnehée, Mlles Poinsot et Sophie Cruvelli. L’air : Dans le sein d’un ami fidèle, chanté par Cinna, parut encore magnifique. On remarqua dans le rôle de la grande vestale des phrases entraînantes, entre autres celle-ci, adressée à Julia :

Ah ! je sens que pour toi j’ai le cœur d’une mère,

Et je bénis ma fille embrassant mes genoux.

 Le finale du second acte, qui passe à juste titre aux yeux des musiciens pour un chef-d’œuvre incomparable, a produit peu d’effet.

On avait été obligé de transposer plusieurs rôles ; l’orchestre n’avait pas assez répété cette musique pour la bien interpréter. Mlle Sophie Cruvelli a eu de très belles poses dans son rôle de Julia ; mais l’intelligence de ce genre de musique lui a fait complètement défaut. Roger lui-même, si consciencieux et si passionné pour la musique des maîtres, n’a pas rendu le rôle de Licinius avec tout le succès désirable. En somme, c’est une partie à recommencer. Mais ce n’est pas tout de monter un chef-d’œuvre ; il faut un public pour le comprendre, et, pour le moment, ce public n’existe pas en France.

La partition de la Vestale fut proposée par le jury nommé par Napoléon, pour un des prix décennaux de 10,000 fr., et le poème de Jouy fut également admis pour un prix de 5,000 fr. Les contestations auxquelles donnèrent lieu les décisions du jury décidèrent l’empereur à ne pas distribuer les récompenses proposées.

L’opéra de la Vestale eut un autre genre de succès. Sans parler de la parodie qu’en fit l’auteur lui-même, et qui réussit sur le théâtre du Vaudeville, nous rappellerons le spirituel pot-pourri de Désaugiers, qui eut un succès populaire. »

 

Translation

Tragédie lyrique in three acts, performed for the first time at the Imperial Academy of Music on December 11, 1807.  This masterpiece almost did not see the day.  The jury of the Opéra, to which the Roman composer had to submit his score, declared that the style was bizarre, the harmony defective, the orchestration noisy, that certain passages were completely unintelligible, while granting, however, that one noticed here and there some beautiful things; finally, they were of the opinion that the work should not be performed.  Not only was such a judgment not very courteous to a musician who had already had fourteen operas performed in Naples, Venice, Parma, and Florence, but it testified to the bold innovations, then misunderstood, with which Spontini was to enrich musical art.  The Empress Josephine decided that La Vestale would be staged.  Persuis and Rey, mediocre musicians, were charged with the revision of this work of genius, and Spontini had to remake several pieces.  The rehearsals lasted a year, and the cost of copying amounted to the sum of ten thousand francs.  Finally the opera was played and had an immense success which lasted thirty years.

The poem had been proposed to Cherubini and Mehul, who had refused it.  The plan is well ordered, the style always lyrical, and beautiful verses abound.

In the first act, the theatre represents the Forum and the temple of Vesta.  Licinius returns victorious from the Gauls and will receive the honors of triumph; but Julia, his betrothed, has during his absence entered the College of the Vestals, and it is she herself who must lay the crown of triumph on the forehead of the hero, her lover. Licinius, more enamored than ever, tells Julia that during the night he will abduct her from the temple to share his life.  The act ends with public games.

In the second act, the Chief Vestal gives Julia the golden rod which is to be used to fan the sacred fire.  No sooner has she retired than the priestess’s duties and the lover’s passion come turn in turn to trouble Julia’s heart.  Yielding to the urgency of her first love, she opens the temple door to Licinius.  At the most pathetic moment of their conversation, the fire is extinguished on the altar.  They immediately understand the full horror of their situation.  Cinna rushes to snatch his friend Licinius from the fury of the people at the temple gates; he takes him away.   The vestals arrive and find Julia fainting on the steps of the altar.  She is stripped of her sacred ornaments, and the grand pontiff pronounces the sentence of death by covering the girl with a black veil.  She goes out escorted by the lictors.

In the third act, the spectators see the pit where the priestess false to her oaths must be buried alive.  Licinius gives himself up to all his fury; he learns that the army remains insensitive to his cause, and that he can only count on a small number of friends ready to perish with him.  The funeral procession advances.  Julia prepares for the sacrifice of her life and addresses a prayer to the gods, when Licinius, at the head of some soldiers, introduces himself and declares himself guilty of the sacrilege for which his lover will be punished.  The priests ask for his death; the tumult is at its height.  Suddenly, a thunderbolt lights the fire of the altar.  Licinius and Cinna remove Julia fainting from her tomb.  The pontiff yields to the divine will, manifested by such an omen, and a final scene shows the two spouses in the circus of Flora, presiding over games and dances in honor of Venus Erycina.

The Emperor Napoleon I had fragments of the score performed at the Tuileries on February 14, 1807.  After the first rehearsals, despite his predilection for the music of Paisiello and Zingarelli, he was struck by the great character of this work, and he told the composer : “Your opera abounds in new motifs; the declamation is true and agrees with the musical feeling; beautiful tunes, duets of a sure effect, a catchy finale; the march to the place of execution seems to me admirable; Mr. Spontini, I repeat to you that you will be very successful; it will be deserved. ”

Almost all the pieces of the score are remarkable in different ways.  The second act contains the most prominent beauties; the charm of expression and the breadth of style; tenderness and vigor dominate in turn.  We will only remind music lovers of the duet between Licinius and Cinna: Unis par l’amitié, which offers one of the most inspired phrases ever written; Julia’s prayer:

O des infortunés, déesse tutélaire !

Latone ! écoute ma prière

Mon dernier vœu doit te fléchir.

Daigne, avant que j’y tombe

Ecarter de ma tombe

Le mortel adoré pour qui je vais mourir.

In this pathetic scene, the musician outdid himself. Everything in this prayer contributes to give it the expression of serious and resigned tenderness which the solemn circumstance entailed; a slow measure of nine crotchets, the reentry of the orchestra repeating the phrase of the cantilena as an echo from the depths of the temple; finally, the tone of F sharp minor which, in spite of recent denials with regard to the tonal properties, preserves, according to us, a plaintive character allied to a certain firmness. The air: Impitoyables dieux, bears the imprint of violence, while the cavatine: Les dieux prendront pitié, is sweet.  The rubato tempo used in the latter is the happiest effect.  The finale of the second act is one of the most moving in the theater.  Here Spontini created a new lyrical form.  He penetrated the situation.  The priests and the people overwhelm Julia with imprecations:

De son front que la honte accable,

Détachons ces bandeaux, ces voiles imposteurs,

Et livrons sa tête coupable

Aux mains sanglantes des licteurs.

A stretto in three-time, very fast and pursued with vigour and in crescendo by the orchestra and the chorus, carried the spectators away and caused the most lively enthusiasm.  This effect has since been employed in a number of works.  The execution march would perhaps not be noticed today as it was formerly, because of the new combinations of funeral tone employed by Rossini, Halevy, and especially Meyerbeer.  Spontini has resolutely entered this path, which has been overloaded to the detriment of melody and taste.

Here is the original distribution of roles: Licinius, Lainez; Cinna, Lays; the great pontiff, Derivis; Julia, Mme. Branchu; the great vestal, Mlle Maillard.

This work was repeated at the Opera on March 16, 1854 with Roger, Obin, Bonnehée, Miss Poinsot and Sophie Cruvelli. The air: Dans le sein d’un ami fidèle, sung by Cinna, still seemed magnificent.  In the role of the Chief Vestal, we noticed catchy phrases, among others this one, addressed to Julia:

Ah ! je sens que pour toi j’ai le cœur d’une mère,

Et je bénis ma fille embrassant mes genoux.

The finale of the second act, which musicians rightly consider an incomparable masterpiece, had little effect.

It had been necessary to transpose several roles; the orchestra had not rehearsed this music enough to interpret it well.  Mlle Sophie Cruvelli had very beautiful poses in her role of Julia; but the meaning of this kind of music completely failed her.  Roger himself, so conscientious and passionate for the music of the masters, did not render the role of Licinius with all the desired success.  In short, one should do it again.  But it is not enough to mount a masterpiece; it requires an audience to understand it, and for the moment, this public does not exist in France.

The score of La Vestale was proposed by the jury appointed by Napoleon, for a ten-year prize of 10,000 francs, and Jouy’s poem was also admitted for a price of 5,000 francs.  The disputes over the jury’s decisions decided the Emperor not to distribute the proposed rewards.

The opera of La Vestale had another kind of success.  Without speaking of the parody the author himself made, and which succeeded in the Vaudeville theatre, we will recall Désaugiers’ witty potpourri, which had a popular success.