Le Comte Ory (Gioachino Rossini) – dossier

LE COMTE ORY

Opéra en 2 actes

Composer: Gioachino Rossini

Libretto : Eugène Scribe and C.G. Delestre-Poirson after Eugène Scribe’s vaudeville

First performed: Théâtre de l’Opéra (salle Le Peletier), 20 August 1828

My review


Characters

L1. [Costume];e Comte Ory (tenor): Adolphe Nourrit

Raimbaud (bass): Henri-Bernard Dabadie

Le Gouverneur (bass): Nicolas Levasseur

La Comtesse Adèle de Formoutiers (soprano): Laure Cinti-Damoreau

Ragonde (mezzo-soprano): Augusta Mori

Isolier (mezzo-soprano): Constance Jawureck

Alice (soprano): unknown

Conductor: François Antoine Habeneck

Director: Adolphe Nourrit

Set designs: Charles Ciceri

Costumes: Hippolyte Lecomte.


Setting : Touraine, before the château of the counts of Formoutiers, during the Crusades, around the year 1200

Act I : The courtyard before the castle of Formoutiers

No. 1 – Introduction : «  Jouvencelles venez vite » (Raimbaud, Alice, Ragonde, chorus)
Cavatine : «  Que les destins prospères » (Comte Ory)
Récitatif et chœur : « Je viens à vous, parlez, Dame trop respectable » (Comte Ory, Ragonde, Alice, Robert)
Quatuor et chœur : « Moi je réclame » (Comte Ory, Raimbaud, Ragonde, Alice)

Récitatif et chœur : « De grâce, encore un mot »

No. 2 – Air et chœur : « Veiller sans cesse, craindre toujours » (Gouverneur)

Récitatif : « Cet Ermite, ma belle enfant »

No. 3 – Duo : « Une dame de haut parage » (Comte Ory, Isolier)

Marche et récitatif : « Isoler dans ces lieux »

No. 4 – Air et chœur : « En proie à la tristesse » (Comtesse)

Récitatif et chœur : « C’est bien, ,je suis content »

No. 5 – Finale : « Ciel ! ô terreur ! ô peine extrême ! » (All)

Acte II : A large room in the castle

No. 6 – Introduction : « Dans ce séjour calme et tranquille » (Comtesse, Ragonde, chorus)
Quatuor : « Noble châtelaine » (Comte Ory, Comtesse, Raimbaud, Gouverneur)

Récitatif : « Quand tomberont sur lui les vengeances divines »

No. 7 – Duo : « Ah ! quel respect Madame » (Comte Ory, Comtesse)

Récitatif : « Voici vos campagnes fidèles »

No. 8 – Chœur : « Ah ! la bonne folie »

Récitatif : « L’aventure est jolie »

No. 9 – Air et chœur : « Dans ce lieu solitaire » (Raimbaud)

No. 10 – Chœur : « Buvons, bouvons, soudain »

Récitatif et chœur ; « Elle revient, silence »

No. 11 – Trio : « A la faveur de cette nuit obscure » (Comte Ory, Comtesse, Isolier)

Récitatif : « Oh ciel ! quel est ce bruit ? »

12 – Finale : « Écoutez ces chants de victoire »

estampe 1


CRITICISM

Translations follow

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869

Source: http://artlyriquefr.fr/dicos/operas%20-%20C.html

« Le livret était un nouvel arrangement d’une pièce que Scribe et Poirson avaient donnée au théâtre du Vaudeville en 1816. La musique avait été en grande partie composée pour un opéra de circonstance en l’honneur du sacre de Charles X, et intitulé Il Viaggio a Reims. Cet ouvrage, représenté à l’Opéra italien pendant l’été de 1825, avait eu pour interprètes Mmes Pasta, Cinti-Damoreau et MM. Bordogni, Pellegrini et Levasseur. Quoi qu’il en soit, et malgré les remaniements auxquels le livret et la partition durent être soumis, le Comte Ory passe, avec raison, pour un des meilleurs opéras de Rossini. Parmi les morceaux composés expressément pour l’opéra français, nous mentionnerons le bel air de basse Veiller sans cesse, dont l’accompagnement est rythmé d’une manière neuve et piquante ; le chœur des chevaliers, Ah ! la bonne folie ; le chœur des buveurs, qui est un chef-d’œuvre, Qu’il avait de bon vin, le seigneur châtelain, et le trio : A la faveur de cette nuit obscure. Tout le reste de l’ouvrage offre de ravissantes mélodies. La cavatine du premier acte, Que les destins prospères, est d’une facture tout italienne de la première manière du compositeur. La prière, Noble châtelaine, est d’une harmonie et d’un rythme délicieux. Nulle part, peut-être, le compositeur n’a fait preuve de plus d’esprit, ni obtenu des effets plus variés que dans l’instrumentation du Comte Ory. Adolphe Nourrit, Mme Damoreau et Levasseur ont été les interprètes les plus applaudis de cette riche partition. »

Translation

The libretto was a new arrangement of a piece that Scribe and Poirson gave at the théâtre du Vadueville in 1816.  The music was in large part composed for an occasional opera in honour of Charles X’s coronation, entitled Il Viaggio a Reims.  That work, performed at the Opéra italien in the summer of 1825, featured Mmes Pasta, Cinti-Damoreau and MM. Bordogni, Pellegrini and Levasseur.  Be that as it may, and in spite of the necessary rearrangements to the libretto and the score, le Comte Ory rightly passes for one of Rossini’s best operas.  Among the pieces expressly composed for the French opera, we will mention the beautiful bass aria Veiller sans cesse, whose accompaniment is rhythmic in a new and pungent way; the knights’ chorus, Ah! la bonne folie; the drinkers’ chorus, Qu’il avait de bon vin, le seigneur châtelain, which is a masterpiece; and the trio: A la faveur de cette nuit obscure.  All the rest of this work offers delightful melodies.  The cavatina in the first act, Que les destins prospères, is entirely Italian, in the composer’s first manner.  The prayer, Noble châtelaine, is of a delicious harmony and rhythm.  Nowhere, perhaps, has the composer shown more wit, or varied his efforts more than in the instrumentation of the Comte Ory.  Adolphe Nourrit, Mme Damoreau and Levasseur were the most applauded interpreters of this rich score.


Hector Berlioz, Feuilleton du Journal des Débats (28 May 1839)

Source: http://www.hberlioz.com/feuilletons/debats390528.htm

Le Comte Ory est bien certainement l’une des meilleures partitions de Rossini ; jamais peut-être, dans aucune autre, le Barbier seul excepté, il n’a donné carrière aussi librement à sa verve brillante et à son esprit railleur. Le nombre des passages faibles, ou tout au moins criticables sous certian rapports, que contient cet opéra, est réellement très petit, surtout en comparaison de la multitude de morceaux charmans qu’on y peut compter. L’introduction instrumentale qui sert d’ouverture est en général d’un style singulier, ou pour mieux dire, grotesque, qui pourrait la faire considérer toute entière comme une espèce de farce musicale, sans le thème du vaudeville du Comte Ory que l’auteur y a intercalé et ramené plusieurs fois avec autant d’adresse que d’éclat. On ne voit guère en effet à quoi se rapportent ces gémissemens, ces miaulemens de violoncelle, se ralentissant et s’affaiblissant peu à peu comme un râle de mourant. Ce ne peut être qu’une boutade de l’auteur disposé, le jour où il l’écrivit, à rire un peu de son art et du public. A part ce caprice d’un instant, le reste de l’ouvrage a été évidemment composé avec amour ; on remarque partout un luxe de mélodies heureuses, de dessins nouveaux, d’accompagnemens, d’harmonies recherchées, de piquans effets d’orchestre, et d’intentions dramatiques aussi pleines de raison que d’esprit. On pourrait dire seulement à propos de la vérité d’expression, qu’elle manque dans la premier air : Que les destins prospères. Cette cavatine gracieuse, semée de traits rapides, de vocalisations légères, contraste évidemment avec le costume monacal revêtu par le comte Ory. Puisque le jeune étourdi a couvert sa tète d’un noir capuchon et son menton d’une longue barbe grise, puisqu’il a pris les allures pesantes, la démarche cassée d’un vieil ermite, il devait aussi, ce me semble, déguiser sa voix et le caractère de son chant. On découvre bien aussi par-ci par-là des fautes de prosodie et des interruptions choquantes dans des paroles qui ne peuvent en aucun cas être scindées de la sorte, comme celles du final du premier acte, par exemple, où le comte arrête le premier membre de sa phrase sur les mots : Et du destin, se tait pendant trois ou quatre mesures, et reprend, pour finir sa période par ceux-ci : Braver les coups. La faute n’en est pas sans doute au compositeur ; on sait que ce morceau et beaucoup d’autres du même ouvrage furent écrits sur un livret italien, Il Viaggio a Reims ; c’est donc au traducteur qu’il faut s’en prendre. En tout cas, le musicien aurait dû surveiller son travail, et ne pas lui permettre de prendre d’aussi grandes libertés. Mais que de compensations à ces taches légères ! que de richesses musicales dans ces deux actes ! Le duo entre le page Isolier et l’ermite, l’air du gouverneur, le morceau d’ensemble sans accompagnement, magnifique andante d’une symphonie vocale, la stretta du final, Venez, amis, et au second acte, le chœur des femmes, Dans ce séjour ; la prière, Noble châtelaine si habilement mêlée au bruit de l’orage, l’orgie, le duo, J’entends d’ici le bruit des armes, dont le motif principal a tant d’ampleur et d’élan ; et enfin ce trio merveilleux, A la faveur de cette nuit obscure, le chef-d’œuvre de Rossini, à mon sens, forment une réunion de beautés diverses qui, adroitement réparties, suffiraient au succès de deux ou trois opéras. Cependant, et je n’ai probablement pas besoin de le dire, la fameuse cadence finale italienne qui se trouve trente ou quarante fois reproduite dans les deux actes du Comte Ory, n’en est pas moins plus que jamais une des choses les plus faites pour impatienter un auditeur attentif. O la sotte, ô l’insipide formule ! quand donc en serons-nous délivrés ? Beaucoup de gens en rient ; cela m’arrive aussi quelquefois ; mais il faut, en ce cas, que je sois de bien bonne humeur.

 

Translation

Le Comte Ory is certainly one of Rossini’s best scores.  Never, perhaps, in any other opera except the Barber, has he given so free a rein to his brilliant verve and his mocking wit.  This opera contains very few feeble, or at least criticable, passages, especially compared to the multitude of charming pieces.  The instrumental introduction, which serves as an opening, is generally singular, or rather grotesque; if it were not that the author introduced and brought back several times the theme of Comte Ory with as much skill and brilliance, one would think of it as a sort of musical farce.  One hardly sees what these shudderings and mewings from the violincello, slowing and weakening like a dying man’s last breaths, mean.  It can only be a joke on the part of the author who, on the day that he wrote it, laughed a little at his art and his public.  Apart from this momentary caprice, the rest of the work was obviously composed with love.  Everywhere there is a luxury of happy melodies, new designs, accompaniments, sought-after harmonies, piquant orchestral effects, and dramatic intentions as full of reason as wit.  All one can say about truthful expression is that it’s missing from the first aria: “Que les destins prospères”.  This graceful cavatina, swiftly moving and lightly vocalised, obviously contrasts with the monk’s costume worn by Count Ory.  Since the harum-scarum young man has covered his head with a black hood and his chin with a long grey beard, because he pretends to walk heavily, in the broken gait of an old hermit, he should also, it seems to me, disguise his voice and his style of singing.  Here and there, too, we find prosodic errors and shocking interruptions in words which cannot be split up, as in the finale of the first act, where the Count stops the first part of his phrase on the words: “Et du destin”, is silent for three or four measures, and then continues, to finish his phrase with the words “Braver les coups”.  The fault is certainly not the composer’s.  We know that this number and others in the work were written on an Italian libretto, Il Viaggio a Reims; the translator is to blame.  In any case, the musician should have watched his work, and not allowed him to take such liberties.  But what compensations for these blotches!  What musical riches in these two acts!  The duet between the page Isolier and the hermit, the tutor’s aria, the unaccompanied ensemble, magnificent andante from a vocal symphony, the finale’s stretta Venez, amis, and in the second act, the women’s chorus, Dans ce séjour; the prayer, Noble châtelaine so skillfully mingled with the noise of the storm, the orgy, the duet, J’entends d’ici le bruit des armes, with its big, energetic principal theme; and finally that marvelous trio, A la faveur de cette nuit obscure, in my opinion, Rossini’s masterpiece.  These form a collection of diverse beauties which, adroitly distributed, would suffice for the success of two or three operas.  Nevertheless, and I probably don’t need to say it, the famous Italian final cadence, which is reproduced thirty or forty times in the two acts of Comte Ory, is more than ever one of the most accomplished things to madden an attentive listener.  O the stupid, insipid formula!  When shall we be delivered from it?  Many people laugh at it; I do too, sometimes; but in that case I must be in a good mood.